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D'un auteur coup de coeur: L'Arrache-coeur de Boris Vian

07:29:00

L'arrache-coeur de Boris Vian
Originellement publié en 1953, L’Arrache-cœur de Boris Vian était nettement à l’avance sur son temps. Dans un style qui lui est propre, Vian nous raconte l’histoire de Jacquemort, un jeune psychanalyste qui se retrouve bien malgré lui dans un petit village dont les pratiques de ses habitants sont plutôt hasardeuses. Ceux-ci organisent notamment une foire aux vieux régulièrement. Cela consiste principalement à vendre à l’encan des personnes âgées dans le but de les martyriser. Aussi, d’une façon ou d’une autre, les enfants savent voler. Quant à lui, La Gloire, a comme mission d’assimiler toute la honte de la communauté, c’est son emploi et il gagne gros. Bref, l’irrationnel y est plus que présent si vous voulez mon avis.

Jacquemort tente de se trouver quelqu’un à psychanalyser or cette pratique est assez mal vue par le reste du monde. Entre temps, ce dernier habite chez Angel et Clémentine, de récents parents de triplets. En fait, il s’agit plutôt de deux jumeaux, Joël et Noël, et d’un autre complètement différent, Citroën. Complétement dévastée par son accouchement ainsi que par la douleur qu’elle a vécu, Clémentine en veut à son mari. Elle lui ordonne de rester loin des petits, elle ne souhaite plus aucun contact avec lui. Angel finit donc par partir. Clémentine, de son côté, se referme de plus bel sur ses chéris qu’elle ne peut plus quitter une seconde.

L’Arrache-cœur, c’est une profonde critique sociale. On y aborde de nombreux thèmes tels que la famille, l’enfance, la liberté, la communauté et même l’         Église. Par sa pratique de la psychanalyse, Jacquemort va complètement à l’encontre du catholicisme. Celui-ci se dit athée, mais sa croyance en cette médecine démontre qu’une certaine forme de religion l’emplit. La relation malsaine qu’entretient Clémentine face à ses enfants vient, quant à elle, reconsidérer le rôle de la mère au sein du nid familial. Couver trop sa progéniture, c’est de l’empêcher d’apprendre à voler de ses propres ailes.

Boris Vian a le don de décrire l’enfance dans toute sa beauté et dans toute sa laideur.  Il dévie du monde logique, constant, prédictible. Chaque phrase nous frappe par sa franchise et nous déstabilise. L’enfance est une période parfois bien étrange et de l’exprimer par des mots est un défi de taille.

Cette œuvre est la deuxième que je lis de cet auteur après L’écume des jours. Bien que cette dernière m’ait plu davantage, L’Arrache-cœur reste une lecture percutante, différente et dont le style est unique.

L’Arrache-cœur
Boris Vian
Le livre de poche (1953)
201 pages

amour

Les maisons de Fanny Britt

08:01:00

Les maisons de Fanny Britt

Les maisons de Fanny Britt, c’est le récit bouleversant de Tessa, mère de trois jeunes garçons et agente d’immeuble, dont la vie se voit chamboulée après avoir revu un amour enfoui depuis des années. Ceux-ci se sont donnés rendez-vous à la fin de la semaine et, entre temps, on revoit le passé de Tessa, les moments clés de sa vie, ceux qui l’ont forgée jusqu’ici.

Selon moi, il s’agit d’un ouvrage profondément réaliste. Être mère, c’est de se donner entièrement et constamment et c’est souvent d’oublier une petite part de soi. Tessa, en se remémorant son amour d’antan, tente de se trouver elle-même. Comment en est-elle rendu là? Depuis quand le transport d’un pont, d’un travail scolaire, est-il devenu le moindre de ses soucis? Depuis quand son rôle de mère a-t-il pris l’emprise sur sa vie?

L’homme qu’elle rencontrera ce vendredi, l’homme qui était à l’origine de tous ces papillons grouillants, cet homme, existe-t-il encore? Vivre dans le souvenir d’un être aimé, c’est souvent de faire face à un mur. Et Tessa le découvrira très bientôt…

En parcourant les courts chapitres de Les maisons, on se sent happés par les événements aussi banals soient-ils. Tessa a mené une vie simple, continue, ennuyante pour certains. Toutefois, en côtoyant son passé de si près, celle-ci parvient à réaliser qu’elle a évolué et ce, beaucoup plus qu’elle ne l’aurait pensé. 

« Rien ne se créer, rien ne se perd. Tout se transforme. » 

Certains critiques se sont sentis « peu touchés » par les événements et par le récit vécus par la protagoniste. Or, bien que je sois encore très jeune et que la maternité ne fasse pas encore partie de mon quotidien, je vois cette œuvre d’un tout autre œil. L’évolution est partout autour de nous, peu importe notre âge. Chaque jour, nous devenons quelqu’un de différent, nous apprenons de nos erreurs et de nos bons coups. L’adaptation est progressive certes, mais elle est bien là.

À mon avis, si le livre de Britt est si touchant c’est certainement parce que son point de vue est d’une profondeur incroyable. Une mère voit grandir chaque jour devant ses yeux une parcelle d’elle-même. Elle suit son évolution du jour zéro jusqu’à sa propre mort. Mais dans tout ça, où est-elle ? Qu’en est-il de sa propre vie ?

En résumé, je suis bien heureuse d’avoir eu la chance de m’armer de ce livre. Les couches de sens sont nombreuses même si l’ensemble se lit comme un charme!

PS : Petit fait cocasse que je devais absolument porter à votre attention. On retrouve dans ce livre une mention à mon nom de famille! À un moment, l’auteure mentionne une petite boutique pour enfants qui se nomme Deslongchamps sur la rue Laurier à Montréal. Étant donné la rareté de mon patronyme, ça m’a fait sourire! Et il s’avère qu’il s’agit d’une vraie boutique! 

Les maisons
Fanny Britt
Le cheval d’août (2015)
222 pages

article

Le romancier portatif de Nicolas Dickner

10:25:00

Le romancier portatif de Nicolas Dickner

Vous lisez mon blogue depuis un moment ? Si c’est le cas, vous savez surement que plus tard, je souhaite travailler dans le domaine de la rédaction. Rédiger des articles pour les journaux, les magazines et les sites web, c’est exactement ce qui me plairait. Bref, afin d’être bien préparée pour l’université, je lis beaucoup sur le sujet.

Or récemment, je suis tombée face à face avec Le romancier portatif de Nicolas Dickner. Il s’agit d’un ensemble de chroniques ayant été publiées dans le magazine Voir entre 2009 et 2011. Chacune d’entre elles aborde des sujets en lien avec la littérature. Dans une langue très crue, très vraie, Dickner nous partage des anecdotes sur sa vie quotidienne d’auteur. Il propose également des comparaisons et des réflexions parfois loufoques, mais qui sont toujours pleines de sens. Sa position face aux fameux salons du livre, la popularité du catalogue IKEA, les manies qu’il possède lorsqu’il écrit, tout y passe.

Même si, originellement, ces textes avaient tous été publiés séparément, l’œuvre rapiécée est plus que cohérente. L’auteur conserve son ton plutôt humoristique (et parfois même sarcastique) tout au long du livre. Une franche connexion est établie dès les premières lignes avec le lecteur. On se sent en coulisses, derrière la caméra. Rares sont les auteurs qui nous offrent une si belle opportunité d’apprendre à les connaître en dehors de ce qu’ils écrivent.

À la fois sérieuses et divertissantes, ces petites chroniques présentent la littérature sous un œil nouveau. 52 textes, ce n’était pas assez. J’en aurais demandé plus!

☆☆☆☆
Le romancier portatif
Nicolas Dickner
Éditions Alto (2011)
216 pages

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