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Ailleurs: Pays sans chapeau de Dany Laferrière

09:00:00

Pays sans chapeau de Dany Laferrière
Ce trimestre, j’ai eu la chance (et la malchance) de relire plusieurs romans déjà lus auparavant. Lire et relire les classiques, dans mon cas, ce n’est jamais un problème, mais relire des œuvres trop récentes, encore trop fraîches à ma mémoire, ça me rebute un peu. Ainsi, les œuvres Pomme S d’Éric Plamondon et La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette se sont retrouvées une fois de plus dans mon parcours scolaire. Toutefois, ce genre de coïncidence m’a également amenée à redécouvrir des auteurs chouchous dans d’autres de leurs ouvrages. Ce fut notamment le cas avec Dany Laferrière. J’ai eu l’occasion de lire L’énigme du retour et ensuite Pays sans chapeau de ce talentueux auteur d’origine haïtienne.

Pays sans chapeau est un roman à caractère autobiographique. En s’inspirant de ses expériences d’exilé, de son rapport à sa culture natale et de sa vie à Montréal, Laferrière tente de dresser un portrait d’Haïti autant dans sa réalité que dans sa spiritualité. Les chapitres sont nommés « Pays réel » et « Pays rêvé ». Dans les sections « Pays réel », l’écrivain porte un regard assez objectif sur le monde qui l’entoure. Revenu après vingt ans dans son pays natal, celui-ci décrit ce qu’il voit : les mangues qui tombent, la foule odorante, le soleil qui tape, etc. D’un autre côté, dans les chapitres « Pays rêvé », Laferrière vise à comprendre les mœurs de ce peuple en explorant son aspect mythique, ses croyances et sa religion. Cet ouvrage à ses penchants fantastiques, mais se veut plutôt initiatique pour l’auteur québécois d’adoption.

Ce que j’apprécie fortement des œuvres de Dany Laferrière, c’est leur accessibilité. Chargés de sens, ses récits se lisent d’une traite, sans embuche. Et pourtant, ceux-ci nous laissent avec une impression de plénitude, de compréhension un peu plus fidèle du monde environnant. J’aime l’écriture épurée de Laferrière, j’aime son approche à la vie et à la littérature. Une recommandation qui me vient du cœur et de l’esprit.

Pays sans chapeau
Dany Laferrière
Boréal (1996)
280 pages


antonin marquis

Réception: Les cigales d'Antonin Marquis

08:45:00

Les cigales d'Antonin Marquis

Dans le cadre d’un tout récent partenariat avec les éditions XYZ, j’ai eu l’agréable occasion de lire Les cigales, le premier ouvrage du jeune Antonin Marquis. Le récit tourne autour d’un couple d’amis d’enfance, J-P et Dave qui partent en road trip sur un coup de tête après avoir passé plusieurs années dans des villes différentes, séparés. Sur la route menant jusqu’à Boston, les deux étudiants en littérature réalisent que leur chimie d’avant s’est dissipée, qu’ils ne connaissent plus vraiment. J-P a tendance à suivre les tendances, il se comporte en hipster, mais refuse toutefois de l’admettre. Dave, lui, est plutôt marginal. Les frictions s’accumulent et la tension est à son paroxysme vers la fin du voyage.

Dans la seconde partie du roman, on suite Cat, la blonde de J-P. Seule à leur appartement de Montréal, en plein cœur du Printemps Érable, celle-ci reconsidère la vie qu’elle mène présentement : elle vient de finir ses études et s’est déjà trouvé un poste d’enseignante, sa relation avec J-P tombe peu à peu dans la routine, bref elle profite de ces jours de solitude pour se retrouver, pour tenter de comprendre les sentiments qui l’habitent.

L’œuvre d’Antonin Marquis se démarque par son style fluide et simple. De façon très littéraire, l’auteur encre son récit au Québec en y incluant maintes expressions et éléments caractéristiques de la province. Ses personnages sont vrais et bien définis dès les premières pages. On s’y attache, on les comprend et on s’identifie à eux. Dans une société qui évolue constamment et sans nécessairement que l’on est le temps de prendre racine, ces jeunes se cherchent, tentent de trouver leur place et leur rôle dans ce tourbillon étourdissant d’information.

Une œuvre que l’on pourrait presque considérée comme engagée, le roman Les cigales d’Antonin Marquis rejoint particulièrement les jeunes étudiants en quête d’un sens à leur vie. Une belle piste de réflexion exposée dans un style personnel et prometteur.

Les cigales
Antonin Marquis
XYZ (2017)
228 pages

critique sociale

Un premier roman prometteur: Maître Glockenspiel de Philippe Meilleur

09:00:00

Maître Glockenspiel de Philippe Meilleur
En tant que blogueuse littéraire, j’ai très souvent l’occasion de lire les premiers romans d’auteurs jusqu’alors méconnus. Assez indulgente dans mes commentaires, je sais reconnaître les erreurs de débutant et faire la part des choses. Si le contenu est bon, mais que le style pourrait être retravaillé, l’avenir de l’écrivain en question me semble prometteur et j’appuie mes idées en conséquence. Or au contraire, en plus d’être plutôt rare, un jeune auteur dont la langue est irréprochable, mais dont le récit est fort peu intéressant démontre selon moi une démarche plus scolaire qu’artistique. Bref, les premiers ouvrages publiés sont rarement parfaits. Toutefois, quelques perles existent. Je vous en présente une aujourd’hui.

Maître Glockenspiel est le premier roman de Philippe Meilleur. Gagnant du prix Robert-Cliche, cette œuvre dystopique nous transporte au cœur d’une société pas si invraisemblable que ça. Certes, l’humour sans équivoque de Meilleur rend le tout assez léger et parfois même rigolo, mais on ne perd jamais la notion de critique sociale centrale dans le récit. Dans Maître Glockenspiel, les points de vue sont multiples : on suit un ouvrier dont la tâche consiste à se faire presser afin d’extraire de son corps de la sueur servant à faire des cubes de richesse, également, on suit, bien-sûr, Maître Glockenspiel, un empereur insensible à la souffrance de son peuple et chérissant l’entretien de sa collection de bombes atomiques et pour finir, on suit une jeune soldate rebelle décidant, bien malgré elle, de sauver la vie d’un ennemi. La société est présentée sous toutes ses facettes et sous tous ses enjeux. Ces personnages en apparence disparates finissent par converger vers un même point : celui de la cassure, de l’effondrement du système en place.

La science-fiction n’est pas exactement le genre de lecture que je préfère. Or je vous mentirais si je vous disais que Maître Glockenspiel ne m’a pas plu. J’ai adoré. Les grands principes cachés derrière ce récit simple et touchant (dont la langue ET le contenu sont brillement maîtrisés) ont su créer en moi une grande réflexion. J’y ai, d’ailleurs, retrouvé quelque ressemblance avec 1984 de Georges Orwell. Comme quoi, on ne doit pas juger un livre par son auteur (expérimenté ou pas!) ni par son genre! Merci à VLB éditeur et au Groupe Librex!

Maître Glockenspiel
Philippe Meilleur
Vlb éditeur (2017)
176 pages

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