catherine leroux

Madame Victoria, un recueil de Catherine Leroux

12:25:00

Madame Victoria de Catherine Leroux
Lorsque quelqu’un me recommande la lecture d’une œuvre, vous pouvez être certains que l’ouvrage en question se retrouvera dans mes mains sous peu. Je le lirai peut-être dans des délais très longs pour le commun des mortels, mais son jour viendra, c’est garanti. Pourquoi ? Car je considère que si un être qui m’est proche me conseille de la lecture, c’est parce qu’il a entrevu une parcelle de moi, un intérêt possible de ma part dans l’œuvre qu’il tenait sous ses yeux.

Vous vous en doutez, le recueil de nouvelles que je vous présente aujourd’hui, Madame Victoria de Catherine Leroux, est issu d’une de ces fameuses, mais tellement enrichissantes recommandations.

Publié aux éditions Alto (dont je raffole!), cet ensemble de textes aborde la grande question de l’identité. L’histoire de fond, celle de Madame Victoria, raconte la découverte d’un corps en bordure du Royal Victoria à Montréal par un infirmier. Une reconstitution du visage de cette dame est portée au public, mais nul n’est en mesure de la reconnaître, de mettre une vie, une existence sur ce portrait. Ainsi, Leroux nous transporte dans la vie de nombreuses femmes aux époques et aux parcours différents. Leur point commun : à proprement dit, elles ne sont personne soi par leur statut social, par leurs erreurs de jeunesse ou par leur mal de vivre.

L’auteure fait ressortir dans ce recueil une belle réflexion sur la mort et sur le message laissé derrière soi à la suite de celle-ci. Tous ces gens invisibles, toutes ces vies qui n’ont pas fait la une des journaux ou encore marqué leur entourage du haut de leur existence, ont-ils réellement vécus pour ceux qui restent ?

Comme dans Le mur mitoyen, Catherine Leroux nous offre une plume crue, mais délicate à la fois. Misant sur des choix de mots très précis et sur d’époustouflantes métaphores, on ne peut pas ne pas aimer le style de cette jeune écrivaine. Une œuvre singulière comme le veut la tradition chez Alto, un bijou de la nouvelle québécoise.

Madame Victoria
Catherine Leroux
Éditions Alto (2015)
198 pages 

bateau

Réception et coup de coeur ♥: Lusitania d'Erik Larson

07:13:00


Lusitania d'Erik Larson

Débuter la lecture de ce que l’on croyait être un roman relatant le drame du naufrage du Lusitania, bateau célèbre parcourant régulièrement l’océan Atlantique avec à son bord près de deux milles passagers, et réaliser dès les premières pages qu’il ne s’agit pas du tout d’une œuvre de fiction, c’est percutant. Ce l’est encore plus lorsque l’on réalise que l’auteur de cet ouvrage, le journaliste Erik Larson, ne jure que par la précision, les détails concernant les circonstances de l’attaque et les récits poignants de survivants de la catastrophe.

Survenu en 1915, ce drame est pratiquement connu de tous les amateurs des deux grandes guerres. On crut même, pendant un certain temps, que la cause principale de l’entrée en guerre des États-Unis d’Amérique en 1917 était la conséquence directe de l’attaque allemande sur le Lusitania. On réalisa plus tard que ce n’était qu’un des centaines d’éléments déclencheurs qui allait provoquer la victoire des alliés.

Le récit de Larson est raconté sous plusieurs angles. D’un côté, on découvre le bateau et ses occupants. Par le biais de correspondances retrouvées, d’objets personnels, de photos et de témoignages, le journaliste parvient habillement à recréer l’ambiance de la vie sur ce gigantesque bateau de croisière. L’un des plus grands et des plus rapides à cette époque. Rien ne nous échappe. L’image de ces personnages nous restera dans la tête jusqu’à ce que les tristes événements surviennent et que la mort ou la vie les emporte. On se prend rapidement à espérer la survie de certains hommes et de certaines femmes particulièrement attachants.

D’un autre, l’écrivain nous décrit la vie sous-marine de l’officier allemand Schwieger et de son équipage responsables du torpillage mortel. Je fus comblée par la découverte d’un environnement qui m’était jusqu’alors totalement inconnu : les sous-marins. Saviez-vous qu’afin d’économiser du carburant, il était fréquent que l’on se pose au fond de l’océan et que l’on coupe complètement les moteurs pour la nuit ? Ou encore que la vie en profondeur était démesurément étouffante et que les températures pouvaient atteindre jusqu’aux 50 degrés ? Moi non plus.  Je fus d’autant plus étonnée lorsque j’appris que les sous-marins allemands à cette époque naviguaient totalement à l’aveugle, ne se dirigeant qu’à l’aide de cartes plus ou moins précises qui ne prenaient ni en considération les navires ni certains gros rochers.

Une grande partie du récit nous en apprenait plus sur la politique de l’époque. En temps de guerre de nombreuses restrictions et dangers concernant la navigation en eaux britanniques étaient en vigueur. Larson nous fait également découvrir la Room 40, une institution anglaise gardée top-secrète enregistrant et interceptant les moindres télégrammes allemands et déplacement des U-boats. À cet égard, on ressent un jugement de la part du narrateur quant aux mesures prises (et celles qui ne l’ont pas été) concernant la sécurité du Lusitania. En effet, malgré les données que possédait cette fameuse organisation, aucun navire n’a prévenu Turner, le capitaine du bateau, des dangers qu’il encourait en prenant telle ou telle route ni que l’on venait de couler deux navires à proximité.

Même si je sens que je pourrais discuter avec vous de ce livre pendant nombre d’heures incalculables, je m’arrête ici avant de vous perdre. Lusitania 1915 la dernière traversée fut une lecture incroyablement enrichissante malgré quelques répétions et longueurs ici et là. J’en ressors avec une surprenante connaissance des tactiques de guerre, des bateaux, des sous-marins et une certaine ambiguïté vis-à-vis du populaire et adulé Winston Churchill.

Une très grande recommandation de ma part. Un bijou historique d’une précision touchante.

Lusitania 1915 La dernière traversée
Erik Larson
Le livre de poche (2015)
528 pages (sans les notes)
☆☆☆☆

amour

Réception: Le gardien du phare et la sirène de Gilles Grenier

10:52:00

Le gardien du phare et la sirène de Gilles Grenier

Récemment, un jeune auteur m’a contacté afin de savoir si je serais intéressée à lire son tout premier roman. Sans hésiter, j’ai répondu par l’affirmative. En fait, je ne comprends pas les blogues littéraires qui refusent les envois d’auteurs ou d’auto-édités. À mon avis, c’est de passer à côté d’opportunités et de découvertes incroyables.

Gilles Grenier, le jeune écrivain en question m’a donc envoyé une copie de son roman Le gardien du phare et la sirène dans un très joli colis afin que j’en fasse la critique. Cette œuvre raconte le récit d’Étienne, un homme d’affaire prolifique dont la mère est décédée récemment. Ayant découvert que celle-ci entretenait une relation particulière avec un homme avant sa mort, Étienne part à Fort Amherst, petite municipalité de Terre-Neuve, en quête de réponses. Il y rencontrera Béa, la petite fille aveugle de l’homme qu’il recherche. Rapidement, celui-ci se prend d’émotion pour la jeune femme et se met à changer du tout au tout.

Mêlant spiritualité, rêve et méditation, Le gardien du phare et la sirène porte son lecteur à reconsidérer la mort comme la vie. Derrière cette histoire, se cache un grand travail de recherche de la part de l’auteur agrémenté d’un intérêt considérable pour le sujet. Aussi, ses personnages aux antipodes contribuent au maintien de la tension tout au long du roman. Particulièrement vers la fin du récit, les multiples rebondissements ne nous laissent pas le temps de reprendre notre souffle, ce qui m’a bien plu.

La force de Grenier, c’est certainement son souci du détail, sa précision photographique. L’environnement, la mer et les décors sont décrits d’une façon incroyable. Étant donné la cécité de Béa, l’un des personnages principaux, l’écrivain met l’accent sur les sensations, les odeurs qui accompagnent le tout. Je me suis réellement sentie sur le bord de l’océan, j’ai entendu les goélands et j’ai humé l’air salé et humide d’un bord de mer.

Même si parfois j’ai eu l’impression que l’on tentait trop d’expliquer les sentiments vécus par les personnages, l’ensemble de l’œuvre se tenait bien. C’est une erreur commune chez les premiers romans. À cela je n’aurais qu’un conseil qui me provient du célèbre Tchékhov : « Show, don’t tell. ».

Vous me connaissez bien maintenant, tout ce qui touche au fantastique m’intéresse plus ou moins, mais ici Grenier reste dans le terre à terre agrémenté de quelques croyances populaires. Son œuvre fait preuve d’une belle sensibilité face à des thèmes dont plusieurs évitent de parler.

Merci pour la belle découverte. J’ai bien hâte de lire ses œuvres futures!

Le gardien du phare et la sirène
Gilles Grenier
Éditions l’Interligne (2016)

234 pages

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